Jean-Brice Rouby, Sinex Industrie: la fabrication sur-mesure et intégrée de matériel vibrant

Sinex Industrie, spécialiste du matériel vibrant pour le criblage des produits en vrac, est réputée pour la fiabilité et la facilité d’entretien de ses outils. Basée en Charente à La Couronne près d’Angoulême, Sinex Industrie se présente comme le numéro un français. L’entreprise se dévoile, par la voix de son directeur général Jean-Brice Rouby.

Le Journal du Vrac : Quelle est l’histoire de Sinex Industrie ?

Jean-Brice Rouby : Sinex Industrie est une société familiale créée en 1925 par la famille Damont à Paris. Délocalisée assez rapidement dans la région d’Angoulême, elle assure depuis sa création la conception et la fabrication de matériel vibrant.

Élévateur/refroidisseur dans l’industrie chimique.

Depuis les années 1970, elle occupe la place de leader en France dans ce secteur d’activité extrêmement spécialisé. Après une longue histoire familiale, la société Sinex Industrie a été rachetée par le groupe Rouby en 1987.

JDV : Quelle est l’activité de Sinex Industrie ?

J-B R. : Sinex Industrie propose une large gamme de machines vibrantes avec des cribles jusqu’à 9 m² ; Chauvin, société soeur, complète l’offre. La gamme concerne la phase d’extraction, le dosage volumétrique qui évolue beaucoup avec les problématiques d’asservissement électronique avec des exigences de débit, le criblage et le tamisage proprement dit, par séparation granulométrique avec possibilité de pré-criblage, le transport par transfert, le vibrant tubulaire qui remplace les vis sans fin dans les industries alimentaires chimiques et nucléaires, l’élévation avec refroidissement avec possibilité de chauffage et d’étanchéité, le saupoudrage, le décochage pour la fonderie, c’està- dire le nettoyage du sable des moules, avec une application spécifique destinée à l’industrie automobile, l’égouttage et le séchage, les tables vibrantes pour tasser et des produits très spécifiques comme les soles vibrantes, qui assurent la stabilité des flacons dont le centre de gravité est élevé, une spécialité brevetée par Sinex Industrie.

JDV : Quels sont les secteurs d’activité sur lesquels opère Sinex Industrie ?

J-B R. : Historiquement, Sinex Industrie est présent sur les secteurs de la fonderie, la verrerie, le charbonnage, les carrières. Puis les industries se sont automatisées et ont nécessité de nouvelles applications de criblage par vibration, la palette des secteurs d’activité s’est donc élargie : la chimie, l’agro-alimentaire, la pharmacie. Ces activités se sont automatisées, avec des problématiques croissantes de qualité des produits finis en termes de granulométrie et de pureté, qui sont apparues dans un contexte de recherche de cadence et de productivité. Aujourd’hui Sinex Industrie est présent dans une quinzaine de secteurs, avec une prédominance pour l’agro-alimentaire, le recyclage des déchets, la verrerie, la chimie, mais aussi le petfood, le nucléaire, l’industrie pharmaceutique, les phosphates, l’électro-métallurgie, etc. Certains marchés sont encore en croissance comme l’alimentaire et le recyclage, où les problématiques de colmatage sont très importantes et nécessitent un savoir-faire spécifique. La multiplicité des secteurs est une contrainte mais cette recherche de performance est enrichissante et constitue une source d’innovation constante. Les solutions techniques des uns peuvent ensuite profiter aux autres, dans le respect de la confidentialité et du respect des contrats d’exclusivité : le fait que nous travaillons dans des secteurs d’activité très variés nous permet de transposer d’un secteur et d’une machine à l’autre quelques subtilités propres à chaque domaine.

JDV : Avec quels types de clients travaille Sinex Industrie ?

J-B R. : Nous avons essentiellement affaire à deux profils de clients : les utilisateurs finaux, petits utilisateurs type PME ou grands groupes comme Nestlé, Areva, Tereos, etc., et les ensembliers pour lesquels nous fournissons le matériel vibrant. Nous ne répondons jamais aux sollicitations d’usines de production clefs en main. Pour ne pas faire de concurrence à nos clients ensembliers. Et parce que ce n’est pas le savoir-faire de notre coeur de métier.

JDV : Comment Sinex Industrie se distingue-t-elle de l’offre de ses concurrents ?

J-B R. : Ce qui nous caractérise, c’est le sur-mesure et l’intégration de la production. La technologie de la vibration reste méconnue, le savoir-faire s’acquiert en interne. La vibration ne s’apprend pas en école d’ingénieur. La vibration est plutôt traquée comme le signe d’un problème mécanique dans la maintenance. Sa maîtrise et son contrôle pour le criblage sont développés en interne. La maîtrise du savoir-faire nous permet de conserver notre leadership. Par ailleurs, toute la fabrication est intégrée, sur notre site Rouby, ce qui permet de contrôler la qualité des machines et de maîtriser les délais.

JDV : Quelles évolutions avez-vous observé ces dernières années dans les tendances du marché ?

J-B R. : Jusqu’à il y a une quinzaine d’années, Sinex Industrie vendait les références de son catalogue, avec des produits standards. Aujourd’hui Sinex Industrie fait essentiellement du matériel à l’unité, sur mesure. Le projet part toujours du besoin du client, et nécessite une conception spécifique. Sinex Industrie est équipée d’une station d’essai pour les produits particuliers, où les échantillons de produits sont réceptionnés pour être testés. Le matériel vibrant est constitué d’un matériel chaudronné doté d’une motorisation. En standard, il s’expose fortement à la concurrence : ce furent les Espagnols dans les années 1980, puis les pays de l’Europe de l’Est et aujourd’hui les Chinois, avec lesquels on ne peut pas se battre sur les prix. À l’inverse nous apportons la valeur ajoutée de notre savoir-faire. Cette maîtrise de la fabrication « à façon » a favorisé le développement de secteurs comme l’agro-alimentaire ou la pharmacie qui sont très exigeants vis-à-vis de l’hygiène et de la qualité de finition et de polissage de l’inox spécifiques. Contrôler l’ensemble de la production est un pré-requis indispensable pour ces secteurs d’activité. Contractuellement on s’engage sur la fiabilité de nos machines et sur la qualité des finitions. Les normes alimentaires ont beaucoup évolué ces dernières années, nos clients attendent de nous que nous évoluons au même rythme. Outre la certification Iso 9001 2008 qui la distingue, Sinex Industrie a mis en place un cycle de validation avec des essais pour s’assurer que le produit est conforme au cahier des charges du client.

JDV : Quelles évolutions avez-vous apporté à vos gammes pour répondre aux exigences du marché ?

J-B R. : Nous avons beaucoup travaillé sur l’ergonomie. Les effectifs des services techniques dans les installations de nos clients se sont extrêmement réduits. En production, la chasse au temps improductif implique de limiter les temps d’arrêt technique des machines. Il est donc important que nos machines répondent à trois critères majeurs : autonomie, fiabilité et facilité d’utilisation. Nous avons révisé l’ergonomie des machines de manière à réduire les temps de maintenance facilitant le nettoyage, le montage/démontage des différents organes composants les machines. Par exemple, pour les cribles, des systèmes de tension assistée de toiles à l’aide de vérins pneumatiques permettent dorénavant à un opérateur de changer seul le système, apportant plus de flexibilité à l’organisation de production.

JDV : Avez-vous noté d’autres évolutions majeures dans les tendances de marché ?

J-B R. : Les appareils en acier standard qui devaient être nettoyés périodiquement par des opérateurs ont cédé le pas à des matériels inox, aux qualités hygiéniques spécifiques, qui demandent un savoir-faire particulier, maîtrisé par notre usine Rouby. La « qualité alimentaire » des appareils nécessite de présenter un inox sans aucune aspérité ou porosité susceptible de développer des bactéries. Les solutions anti-colmatantes ont également évolué vers des caoutchoucs, matériaux spéciaux, toiles de criblage anti-colmatantes. L’évolution de la capacité de traitement des équipements électroniques a permis de gérer la variation de débit à l’aide de l’électromécanique. Ces asservissements permettent désormais de présenter des petits packages et des solutions de dosage volumétrique plus précises.

JDV : Aujourd’hui comment est organisée l’équipe de Sinex ?

J-B R. : L’équipe commerciale est constituée de 15 représentants régionaux multicartes, 7 pour la France, dont Sinex représente la carte majoritaire. Ils sont très proches de nos clients et font remonter les besoins des clients. Les cinq ingénieurs d’affaire sont des ingénieurs techniques, formés aux produits, avant d’être des commerciaux qui possèdent une réelle expertise technique. Ils sont dirigés par M. Couraud qui a plus de 40 ans d’expérience. Ils travaillent avec un bureau d’étude composé de 6 chargés d’études et d’une responsable qui a 25 ans d’expérience. Ils sont soutenus par un service électrique, un service qualité et une équipe de production performante managée par une responsable expérimentée. Enfin un service après-vente sur la route tout au long de l’année permet d’assurer la maintenance préventive, les réparations et les mises en route. Il y a un bon mélange des générations qui permet d’échanger, d’innover et de continuer à transmettre le savoir-faire qui nous permettra de rester le n° 1 sur nos marchés.

JDV : Comment s’organise l’intégration de la production ?

J-B R. : Depuis 1987, la fabrication est confiée à Rouby, actionnaire de l’entreprise, ce qui permet de garder la maîtrise de la production. Le site de production est distant de 30 km des bureaux de Sinex Industrie. Le lien se fait par des cahiers des charges, des réunions fréquentes, une réunion bilan chaque année. Nos clients sont toujours intéressés de découvrir ce site de production et rassurés de constater le niveau de maîtrise du contrôle et de la traçabilité.

JDV : Sinex Industrie est-elle présente à l’export ?

J-B R. : L’entreprise est présente à l’international depuis une dizaine d’années et y réalise aujourd’hui 35 % de son CA. Nous sommes représentés en Allemagne, Belgique, Algérie, Maroc, et Tunisie via des représentants, selon le même principe qu’en France, et via des partenariats d’entreprise en Égypte, Chine, Océanie et Japon, selon les opportunités de marché. Chaque marché décide de l’organisation et de la stratégie d’approche. La France se désindustrialise et les événements récents nous ont montré que cette tendance s’accélère. Il est donc vital d’accroître notre influence et notre impact commercial à l’étranger. Cela fait partie de nos voies de développement. Nous sommes d’ailleurs actuellement à la recherche d’un responsable commercial export pour développer ces secteurs.

JDV : Quel est le lien entre Sinex Industrie et Chauvin qui est également un intervenant majeur sur le marché du criblage en France ?

J-B R. : Le groupe Rouby a acquis fin 2006 la société Chauvin qui est une société similaire historiquement et structurellement à Sinex Industrie. Chauvin est une référence dans le secteur du criblage avec plus de 30 000 références dans le monde. Notre gamme de cribles petite à moyenne taille (jusqu’à 9 m²) ajoutée à la leur (jusqu’à 30 m²) nous permet d’offrir une gamme complète de crible et tamis Sinex Industrie-Chauvin à nos clients. Les deux sociétés restent indépendantes avec chacune leurs spécificités, mais travaillent main dans la main pour apporter à nos clients encore plus de solutions innovantes dans les technologies de la vibration.

Propos recueillis par Françoise Foucher

interview parue dans Le Journal du Vrac 75, septembre/octobre 2011

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