Comment charger-décharger sans nuisances pour les riverains ?

Le 25/08/2022 à 15:57 par La rédaction

Portuaire

Nous constatons depuis une dizaine d'années que les habitations se situent de plus en plus près des zones industrielles : les terminaux portuaires génèrent du bruit et des émissions de poussières qu'il faut davantage limiter. Témoignage de Dirk Janssens, directeur commercial chez VIGAN, qui présente le savoir-faire de la société et ses efforts pour isoler les nuisances pour l'environnement.

 

Diriez-vous que vous êtes dans un marché de niche ?

Dirk Janssens : Depuis 1968, la société VIGAN est toujours restée focalisée sur le déchargement et le chargement de navires. Nous sommes une PME comprenant près de 90 collaborateurs et sommes effectivement spécialisés dans un marché de niche. Nos machines peuvent gérer de telles capacités de matières en vrac qu’elles peuvent répondre aux besoins d’une importante population. Une machine d’aspiration pneumatique d’une capacité de 600 t/h peut aspirer jusqu’à 10 000 tonnes par jour : elle pourrait à elle seule suffire à répondre aux besoins de la Belgique. Si nous prenons l’exemple de l’Égypte, pays dans lequel nous sommes très présents, nous pouvons dire que près de 80 % des 12 millions de tonnes de blé importés en 2021 passent au travers des machines VIGAN. Pour nos clients situés dans le monde entier, nous concevons et fabriquons des machines sur mesure qui prennent en compte les spécificités de chaque site portuaire : configuration du quai, des rails, des convoyeurs, etc. La construction d’une machine prend généralement douze mois. Il s’agit d’un travail de longue haleine.

Points d’isolation spécifiques aidant à réduire les émissions acoustiques pour un total de 10 à 15 décibels.

Quelle est votre vision du marché français ?

D. J. : La France est un grand producteur de blé au niveau mondial. Pour 2021, la production, principalement exportée, est estimée à 35 millions de tonnes. Le réseau maritime, et notamment fluvial, est important avec des besoins en équipements pour charger et décharger les navires. Les activités de VIGAN sont à 90 % tournées vers les céréales, si bien que nous avons de nombreuses installations en place sur le territoire. À titre d’illustration, la société d’intérêt collectif agricole Nord Céréales, située à Dunkerque (59), s’est équipée de plusieurs installations VIGAN. Depuis une quinzaine d’années, les gouvernements français, allemand, belge ou encore hollandais promeuvent le transport fluvial. Nous avons actuellement beaucoup de demandes de systèmes de déchargements de barges en France, et plus globalement en Europe. La consommation de céréales ne fait qu’augmenter et les circuits évoluent. Le coût du carburant dans le transport fluvial étant moindre, ce mode de transport est aujourd’hui encore plus avantageux par rapport au transport sur route. Les demandes sont aussi devenues plus spécifiques : certains paramètres autrefois secondaires deviennent peu à peu primaires. Cela nous incite à être encore plus créatifs dans nos solutions.

Vue du filtre à manche avec système d’injection d’air pour réduire les émissions de poussière.

Vous adressez vos équipements à une clientèle technique : pouvez-vous la présenter ?

D. J. : Nous sommes sollicités par divers acteurs ayant à gérer d’importantes quantités de céréales en vrac. D’abord, nous pouvons directement répondre à des sociétés privées. C’est le cas du meunier Grands Moulins de Corbeil Paris, qui doit décharger des barges allant jusqu’à 2 500 tonnes, parfois plus. Nous pouvons aussi équiper les coopératives, à l’image d’Axereal, qui ont par exemple besoin de transférer les céréales d’un silo plat vers un silo vertical ou encore d’un camion vers un train. Nous proposons pour cela des pompes à grain mobiles qui s’adaptent à de multiples configurations. Nous pouvons également servir des structures à dimension plus maritime, telles que Nord Céréales, qui doivent décharger de petites barges pour ensuite charger des navires classés Panamax et Post-Panamax ayant des capacités supérieures à 60 000 tonnes. Les instances portuaires, qui mettent les sites portuaires à disposition des sociétés pendant une durée déterminée peuvent être considérées comme des clients indirects. Cette clientèle technique exige toujours plus de performances, tout en limitant les nuisances pour l’environnement.

Installation réalisée chez Axereal à Perceneige (89).

Pourquoi vos systèmes permettent-ils de limiter les émissions de poussière ?

D. J. : Depuis environ une dizaine d’années, nous avons vu les demandes évoluer vers une réduction des émissions de poussière. Les habitations se trouvent de plus en plus près des zones industrielles et nos clients cherchent à réduire les nuisances. Le grappin traditionnel est un outil assez simple qui est utilisé depuis très longtemps, mais il a l’inconvénient de générer de la poussière puisqu’il ne se referme pas complètement. Les industriels peuvent d’ailleurs perdre jusqu’à 2 % de matière ! Chez VIGAN, nous utilisons la technologie par aspiration pneumatique, qui a l’avantage de générer très peu de poussières. Nos systèmes sont hermétiques : ils intègrent des filtres à injection pulsée par air comprimé qui vont permettre de garder la poussière à l’intérieur d’un circuit clos. Concrètement, nos machines sont équipées d’un tube télescopique évolutif à 50 % et sont installées sur virole pour assurer une aspiration efficace de la totalité du bateau. Les turbines, l’électronique et le compresseur pour la régénération du filtre sont situés dans la cabine. Nos systèmes permettent de ne pas dépasser des émissions d’environ 3 mg/m3.

Installation réalisée pour les Moulins Soufflet, à Corbeil-Essonnes (91).

Concrètement, comment procédez-vous pour réussir l’isolation acoustique des équipements ?

D. J. : Nous constatons que les industriels qui ont des sites portuaires situés en zone urbaine nous questionnent sur le niveau sonore de nos appareils. Une machine peut avoir un bruit monotone, mais aussi générer des changements sonores, par exemple lors de l’activation d’une vanne ou d’un piston. Nous devons alors réaliser en interne des calculs acoustiques et cibler les sources émettrices de bruits pour atteindre un niveau acceptable. Généralement, il nous est demandé de ne pas dépasser 60 à 65 décibels en zone urbaine. En fonction du rapport puissance/décibels/distance, nous devrons prendre les mesures d’isolation spécifiques des composants pour atteindre les résultats souhaités. Le transfert des céréales, qui entreront en contact avec les tubes, les coudes ou des barreaux, va émettre du bruit. Nous pouvons alors isoler acoustiquement les tubes et les coudes grâce à une paroi en aluminium isolée par une mousse spécifique de quelques centimètres d’épaisseur. Nous prévoyons toujours un échappement silencieux en haut de cabine, où, de plus, l’air sera dirigé vers les zones les moins sensibles, ainsi que des panneaux acoustiques entre la paroi métallique extérieure de la cabine et le volume intérieur. Enfin, la turbine peut être coulée dans une matrice de béton pour réduire les émissions de bruits. Toutes ces mesures nous permettent de réduire le niveau sonore de la machine de 10 à 15 décibels, ce qui constitue une vraie réussite acoustique !

Installation réalisée à Dunkerque pour Nord Céréales.

Est-ce VIGAN qui réalise les études acoustiques ?

D. J. : Nous disposons en interne d’une équipe d’ingénieurs qui connaissent parfaitement les problématiques liées aux nuisances sonores. Nous avons à disposition des outils spécifiques qui nous permettent de mesurer le bruit. Nous ne sommes cependant pas une instance officielle dans le domaine et nous nous faisons assister de sociétés spécialisées, généralement proposées par le client lui-même. Ces sociétés disposent d’équipements ultrasophistiqués qui permettent de visualiser le bruit en image 3D : les simulations des nuisances sonores seront alors très réalistes.

Prévoyez-vous des programmes de revamping d’installations existantes ?

D. J. : Nous avons aujourd’hui des machines VIGAN qui fonctionnent depuis plus de 30 ans à l’échelle mondiale. Nous avons toutefois fait évoluer nos équipements, si bien que ces machines ne sont plus tout à fait aussi performantes que celles que nous développons actuellement. Nous avons notamment fait des efforts pour développer des aciers plus résistants à l’abrasion. La partie électronique a aussi beaucoup évolué : nous utilisions auparavant des moteurs avec courroies de transmission tandis que nous utilisons aujourd’hui des systèmes électroniques directs avec moteurs de haute performance. Les moteurs consomment désormais de 25 à 30 % d’énergie en moins. Une installation ancienne en état très correct n’aura pas toujours lieu d’être remplacée. Nous proposons alors une offre de mise à jour des systèmes existants, qui permet au client de rester compétitif en termes de coûts. En changeant les systèmes de tubage et l’électronique, le client peut bénéficier d’une machine quasi-similaire à celles que nous fabriquons aujourd’hui, pour un investissement moindre.